Par Fèmi (Oluwafemi Kochoni) · Fondateur et directeur des programmes culturels · Cotonou, Bénin · Publié le 20 juillet 2026 · Lecture 14 min
Depuis Cotonou. Depuis le côté qui reçoit. Un guide pour les descendants francophones qui reviennent sur la Côte des esclaves — après le test ADN, après les lectures créoles, depuis l’endroit où la mer touche encore la mémoire.
Il y a deux manières d’arriver sur la Côte des esclaves. La première est celle par laquelle la plupart de vos ancêtres sont partis — dans la cale d’un navire, au bout d’une marche qui avait commencé quelque part vers l’intérieur des terres et qui ne s’est pas arrêtée avant Saint-Domingue, avant Le Cap, avant la Basse-Terre, avant Cayenne, avant la Nouvelle-Orléans. La seconde est celle par laquelle vous pourriez arriver aujourd’hui — par avion, à Cotonou, avec un passeport qui nomme un pays dont votre trisaïeule n’avait pas entendu parler. Ce guide est pour cette seconde arrivée. Pour le retour sur la Côte des esclaves, quatre siècles après le départ. Nous ne ferons pas semblant que la première n’a pas eu lieu. Nous ne ferons pas semblant que la seconde efface la première.
Nous ne fabriquons pas les routes de l’esclavage. Nous accompagnons celles et ceux qui les marchent.
Heritage & Routes est une maison basée à Cotonou. Nous n’avons pas été bâtis pour servir l’industrie du retour touristique qui a poussé autour du Ghana depuis 2019. Nous avons été bâtis pour accompagner, sur le sol de la Côte des esclaves, des visiteurs sérieux — universitaires, familles étendues, équipes de documentaire, descendants qui ont fait le voyage seul, groupes créoles. Ce qui suit n’est pas une brochure. C’est un guide, cousu main pour un lectorat francophone.
Le retour, en français, depuis les créolités
La conversation américaine du retour a été portée depuis 2019 par la campagne ghanéenne Year of Return. Cette campagne a fait ce que les premières vagues font — elle a rompu le silence, rempli les vols, rendu le pèlerinage visible dans la grande presse afro-américaine. Elle était nécessaire. Elle n’est pas notre référence.
Notre référence, à nous qui écrivons en français depuis Cotonou pour un lectorat créole, antillais, guyanais, haïtien, réunionnais, louisianais, ou francophone-africain revenant sur ses pas — notre référence, c’est Aimé Césaire en 1939 qui compose depuis Paris le Cahier d’un retour au pays natal. C’est Frantz Fanon en 1952 qui publie Peau noire, masques blancs. C’est Édouard Glissant en 1990 qui publie la Poétique de la Relation et refuse le retour comme retour à une origine pure — proposant à la place la Relation, la créolisation, l’archipel. C’est Maryse Condé en 1989 qui écrit Traversée de la mangrove. C’est Patrick Chamoiseau en 1997 qui écrit Écrire en pays dominé.
Sur cet arrière-fond intellectuel, le retour sur la Côte des esclaves, pour un lectorat francophone, prend une autre forme. Il n’est pas le pèlerinage américain. Il est plus lettré, souvent plus lent, parfois plus politique, toujours plus tressé avec les questions créoles de la langue, de la souveraineté, de la relation.
Ce que le Bénin tient que d’autres routes ne tiennent pas
Nous le disons simplement, parce que les visiteurs le demandent simplement. Le Ghana est indispensable pour tout retour sérieux — Cape Coast, Elmina. Le Sénégal l’est aussi, avec Gorée. Rien de ce qui suit ne minore ces autres géographies.
Un Vodun vivant. La religion que vos ancêtres ont portée en cale de navire — celle qui est devenue Vodou en Haïti, Candomblé à Bahia, Santería à Cuba, avec ses cousinages jusqu’au quimbois antillais et à des pans du culte hors-Église en Louisiane — se pratique ici, ouvertement, aujourd’hui. Les temples Fon d’Ouidah et d’Abomey sont l’endroit où une descendante de Port-au-Prince, de Fort-de-France, de Pointe-à-Pitre, de Kourou, retrouve la source directe de la religion familiale.
Une géographie de l’intérieur. Le chemin de la traite qui va du palais d’Abomey — capitale du Royaume du Dahomey — jusqu’à la mer d’Ouidah, en passant par Bopa, Allada, Zomaï, Zoungbodji, est marchable, cartographié, tenu par les anciens de chaque village. Cette continuité de l’intérieur à la côte est spécifique au Bénin.
Une économie politique que le récit ne peut pas éviter. Le Royaume du Dahomey — pour des raisons que les historiens continuent de débattre — a été l’une des polities africaines les plus impliquées dans la fourniture de captifs à la traite atlantique. Marcher Abomey, c’est s’asseoir avec la version la plus dure de l’histoire. Une conversation particulièrement importante pour le lectorat antillais et haïtien, dont la culture politique a longtemps distingué de manière fine l’implication africaine dans la traite.
Une géographie linguistique. Le Fon du Bénin, l’Ewe du Togo et du Volta ghanéen, le Yoruba du sud-ouest nigérian. Si votre filiation est Fon (comme pour une part importante d’Haïti et de la Louisiane), le Bénin est le sol. Si elle est Ewe, le Togo et le sud-est ghanéen le sont. Si elle est Yoruba (comme pour Cuba, Bahia), le Nigeria et le Bénin oriental le sont.
Les trois seuils du retour sur la Côte des esclaves
Avant de venir
Vous aurez lu quelque chose. Peut-être le Cahier de Césaire. Peut-être Traversée de la mangrove de Condé. Peut-être les Damnés de la terre de Fanon. Avant de venir, ne lisez pas pour vous préparer — lisez pour vous inquiéter. Glissant, Fanon, Césaire, Condé, Chamoiseau, Suzanne Césaire — sont bons points d’entrée précisément parce qu’ils refusent que le retour soit rédempteur.
Au bord — les premiers jours sur le sol
Vous atterrirez à Cotonou de nuit. La première journée pleine est délibérément lente. Vous n’irez pas à Ouidah le premier jour. Le sol ne bouge pas. Les ancêtres ont attendu quatre cents ans. Ils peuvent attendre un jour de plus. Ce qui se passe à la Porte du Non-Retour reste entre vous et ce que vous avez apporté. Nous ne le mettons pas en scène.
Après — le troisième seuil
Le troisième seuil est le retour chez soi. C’est celui que la plupart des voyages n’adressent pas. Un mois après le retour, Fèmi vous appelle. Pas pour un retour d’expérience commercial. Pour le troisième seuil — pour ce que vous pensez, maintenant, après un peu de dépôt, de ce que vous avez vu.
Si le test ADN a nommé un pays
Les tests génétiques commerciaux nomment une région et parfois une famille linguistique. Ils sont utiles. Ils sont aussi limités. Ce qu’ils ne peuvent pas faire, c’est nommer votre village ou votre ancêtre. Ce que nous pouvons faire, si le test a nommé Bénin/Togo, c’est vous amener sur le sol linguistique et culturel de ce nommage. Ce que nous ne faisons pas, c’est mettre en scène un faux nommage.
Si votre filiation s’est perdue dans la traversée, le voyage tient quand même
La plupart des descendants francophones n’ont pas de nommage familial qui ait survécu à la traversée. Si vous êtes antillais ou haïtien, l’effacement du nom a été partiellement recomposé par la créolisation elle-même, par les patronymes maternels, par le quimbois, par le Vodou. Ce n’est pas un nommage individuel. C’est un nommage collectif, tissé. Il compte. La Porte du Non-Retour ne demande pas votre arbre généalogique. Elle demande que vous soyez présent.
Qui marche avec vous
L’opérateur — depuis Cotonou
Heritage & Routes est dirigé par Fèmi (Oluwafemi Kochoni), fondateur et directeur des programmes culturels, né et basé à Cotonou. Fèmi a reçu une formation académique à l’Université de l’Iowa (États-Unis) et à Wageningen University & Research (Pays-Bas), et accompagne des visiteurs sur la Côte des esclaves depuis plus de dix ans. C’est la personne qui vous rappelle après votre demande d’entretien de découverte. C’est aussi la personne que les anciens d’Ouidah, d’Abomey et d’Aného connaissent par son nom. Cette directité fait partie de ce que vous engagez, et fait partie de ce qui rend un retour sur la Côte des esclaves avec Heritage and Routes différent d’une réservation par un revendeur distant.
Les anciens et les universitaires
Différents anciens selon le sol que vous marchez. Universitaires de l’Université d’Abomey-Calavi, de l’Université de Lomé, de l’IRD-Cotonou. Plusieurs ont publié chez Karthala, Présence Africaine, EHESS, Harvard University Press. Pour les visiteurs antillais et haïtiens, nous mobilisons également des collaborations avec l’Université des Antilles et l’Université d’État d’Haïti.
Ce que nous ne proposons pas
Nous ne proposons pas de cérémonies de nommage pour descendants, pas de rituels roi d’un jour, pas d’itinéraires compressés guérir en cinq jours, pas la comparaison Wakanda. Le Royaume du Dahomey n’était pas Wakanda. Nous vous montrerons ce que les royaumes réels étaient — puissants, complexes, moralement sérieux, profondément impliqués. C’est une meilleure histoire que la fiction, et elle est la vôtre. Aucun merchandising.
Les trois programmes — lequel pour quel retour sur la Côte des esclaves
Une fois ce guide lu, si vous décidez que le voyage est pour vous :
- Le voyage Côte des esclaves — 12 jours — le plus complet.
- Le voyage Vodun — 7 jours — le concentré, centré sur la religion vivante.
- Le voyage cousu main — 10 jours — le tressé pour vous.
Questions que les descendants nous posent
Q — Faut-il aller au Bénin ou au Ghana quand on est de la Martinique / de la Guadeloupe / d’Haïti ?
Ni l’un ni l’autre exclusivement — les deux, si possible, dans cet ordre pour un lectorat créole francophone : Bénin d’abord parce que la filiation Fon-Vodou haïtien et les rétentions linguistiques créoles s’y ancrent le plus directement, Ghana ensuite parce que Cape Coast reste, comme monument, un passage indispensable.
Q — Le test ADN a nommé Bénin/Togo. Et maintenant ?
Venez. Nous pouvons vous placer sur le sol Fon, Yoruba ou Ewe du nommage et laisser les anciens vous recevoir en tant que descendant.
Q — Est-ce raisonnable de venir si je n’ai aucune ligne connue ?
Oui. La majorité des descendants n’a pas de ligne individuelle connue. La créolisation a partiellement recomposé un nommage collectif.
Q — Existe-t-il un Year of Return au Bénin ?
Le Bénin a organisé des initiatives Retour au Bénin et le festival Vodun Days de janvier accueille explicitement la diaspora. L’accueil se fait village par village.
Q — Comment serai-je reçu ?
Comme un descendant qui revient — un retourné en français. Pour les visiteurs antillais et haïtiens, il existe la reconnaissance d’une créolité partagée avec la côte.
Q — Que faire du fait que des Africains ont vendu des Africains ?
Les anciens savent que cette question vient. Ils ne l’esquivent pas. L’économie politique de la traite — dont le rôle du Royaume du Dahomey — est discutée ouvertement.
Q — Ce guide existe-t-il en anglais ?
Oui — Returning to the Slave Coast. Ce n’est pas une traduction : les deux versions sont écrites nativement.
Vous ne décidez pas aujourd’hui
Ce guide sur le retour sur la Côte des esclaves a été écrit pour être lu lentement. S’il est resté avec vous, l’étape suivante n’est pas de réserver — c’est de lire le Field Note Le retour depuis la Relation — notes de Cotonou, et de vous asseoir avec pendant une semaine.
À propos de l’auteur
Fèmi (Oluwafemi Kochoni) · Fondateur et directeur des programmes culturels · Heritage & Routes · Cotonou, Bénin
Fèmi dirige Heritage & Routes depuis Cotonou. Né sur la Côte des esclaves, formé à l’Université de l’Iowa (États-Unis) et à Wageningen University & Research (Pays-Bas), il accompagne depuis plus de dix ans des universitaires, des équipes de documentaire et des descendants francophones et anglophones sur les routes de la mémoire béninoise, togolaise et ghanéenne. Son travail se tient au croisement de la pédagogie mémorielle, de la transmission Vodun, et de la philosophie du retour lue depuis Glissant et depuis Hartman.